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Le mal du pays

9 May 2019

Dans mon billet « le pensionnat », j'ai parlé de mon séjour de sept ans dans une petite ville de l'Ardèche, et du long trajet  en temps ne nous permettant de ne rentrer chez nous qu'aux vacances. Ma grande sœur, de quatre ans mon aînée, rejoignait le même pensionnat, mais je ressentis un grand désespoir car je dus me séparer de ma sœur presque jumelle (seize mois nous sépare) . 

Outre ma petite soeur, tout me manquait, la maison, le Rhône, les bois, la cascade, alors, je glissais quelques souvenirs dans ma valise en carton : un flacon rempli d'eau du Rhône, un petit morceau de bois, quelques feuilles des chênes rabougris, poussant laborieusement sur notre montagne. Et le soir, au dortoir, en attendant que vienne le sommeil, je serrais contre moi, ces petites choses chères à mon cœur.  

Voilà, j'ai parlé de la jeune Solange, qui avait tant de vague à l'âme en étant loin de son village, il est permis de penser qu'aujourd'hui, à plusieurs centaines de kilomètres de mon Ardèche natale, je dépéris… Vous n'y êtes pas ! Tout d'abord le mal du pays ne m'a jamais coupé l'appétit, soixante ans plus tard, hélas ! Le truc qui m'empêche de m'alimenter plus de deux jours ne m'est encore pas arrivé ! Et, comme j'ai grandi, vieilli, beaucoup, je vis agréablement tout en étant loin du pays, le bois de Vincennes suffisant à mon bonheur. Certes, ce n'est pas la nature ardéchoise, mais c'est néanmoins un vrai bois qui satisfait mon besoin de verdure.

 

A ce stade, je vais faire un aveu : pour tenter de venir à bout de mes douleurs inexpliquées, je tente des séances de visualisations, et là, où d'autres se voient sur une plage de rêve, cocotiers, palmiers, mer bleue... moi, je vois l'eau qui ruisselle le long de mon corps et emporte cette foutue douleur. Eh bien je vous le donne en mille, cette eau est celle de ma cascade ardéchoise… 

 

 

         Si loin de ma soeurette

          Et de mon petit village

          Me venait des larmichettes

           Ce n'était pas de mon âge

           

            De partir si loin du nid

             Loin de mon fleuve d'argent

            Dévaler comme un cabri

             Passer le Rhône en nageant

 

             Se cacher haut dans la grange

              Ou jouer dans les deux cours

              Etre dame de Fleurange

              Ou comtesse d'Abancour

 

               Vint le temps de la pension  

               Après l'heure de la classe

                En cours de récréation

                Il fallait trouver sa place

 

                 Dans le dortoir chez les sœurs

                 Sur ma joue l'eau du Rhône

                  De mes bois j'humais l'odeur

                   Il n’en est pas de plus bonne

 

                              Que celle des souvenirs                  

               Et je me laisse envahir

                              De cette lointaine enfance             

                  Par ce coin perdu de France

 

   

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