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Les jeux de mon enfance

8 Jun 2018

 

Dans notre famille, le problème du rangement des jouets ne se posait pas, car, des jouets nous n'en avions pas. Deux ou trois jeux de sociétés se battaient en duel sur une étagère d’un placard, ainsi qu’un jeu de carte dans un tiroir.

 Nous n'avons pas eu non plus à coiffer une poupée, car, à la maison, ne se trouvait aucune poupée ; je n'ai eu qu'un seul petit baigneur en celluloïd d'à peine vingt centimètres. La rareté le rendait précieux et il n'a jamais perdu un bras ou une jambe, quoique je l'ai gardé plusieurs années. Pour dormir mon baigneur devait se contenter d'une boite à chaussures et, dès que j'ai su aligner trois points de couture, je lui ai confectionné des vêtements avec les restes de tissus de la tatan Simone un peu couturière ; des restes il n'y en avait pas beaucoup, car, la tatan savait ne pas gâcher le tissu.

Je rêvais de grands morceaux de tissus dans lesquels j'aurais pu faire plein d'habits pour mon baigneur, alors, à l'école, en voyant le dos des filles assises devant moi, j'imaginais tout ce que je pourrais tailler dans leur blouse d'écolière, souvent à carreaux.

 

 

 

Mais il ne faut pas croire que nous étions envahies par l'ennui, mes sœurs et moi, grâce aux nombreuses dépendances de la maison, les terrains de jeux ne manquaient pas. Avec ma petite sœur Christiane, nous nous débrouillions avec les moyens du bord. Une « écurie » de chèvres désaffectée nous servait de maison et nous l'avions meublée avec des cagettes de fruits, de la paille, du foin, un silo à blé vide. Tout nous était bon pour jouer et même en allant garder les chèvres nous réussissions à nous occuper.

 

 

 

 

Quand on ne dispose d'aucun jouet, on est bien obligé de faire preuve d'inventivité, alors, tant qu'à faire d'inventer, autant viser haut. Nous disions que nous étions des comtesses, des madame de, et en plus on voyageait loin : le tas de fagots c'était l'avion, ma sœur la riche passagère, riche forcément, puisqu'en ce temps-là, seuls les riches prenaient l'avion. Moi, j'étais l’hôtesse de l'air et, je disais d'une voix que je voulais suave : « attachez vos ceintures »

 

 

 

 

 

           Quand je n'étais que bergère

             Avec peu d'ambition peuchère

            En compagnie de ma sœurette

             Nous nous imaginions pauvrettes

              En dames nobles comtesses

              A moins que ce ne fut hôtesse

              D'un avion pas pour les pauvresses

              Nous rêvions jeunes ardéchoises

              D’un avion pas pour les villageoises

              Tas de fagots pour tout avion

              D'où nous rêvions que nous partions

 

 

 

 

Il nous arrivait aussi d'aller garder les chèvres sur notre « montagne », près d'une cabane dont notre père avait monté les pierres dans son enfance, c'était une ruine de cabane mais, nous l'appelions la cabane du papa.

 

             Le tout jeune André en vingt six

             Haut dans les coteaux escarpés

             Avait construit un beau logis

             En grosses pierres superposées

              Trois dizaines d'années plus tard

               Tout là-haut nous montions jouer

               Parfois, la pluie sans crier gare

                Venait raviner les sentiers          

            Elle nous chassait de la cabane

            Laquelle n'eut jamais de toit

            Bien plus tard avec une canne

            On vit pépé comme autrefois

 

          

 

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